Historique de l’EMDR

Cette technique, découverte fortuitement en 1987 par l’Américaine Francine Shapiro, constitue une révolution majeure dans le champ des psychothérapies.
En 1979, alors qu’elle a 30ans, on lui révèle qu’elle a un cancer. Sa vie est bouleversée. Après une opération et un traitement en radiothérapie, les médecins lui auraient signifié: «Apparemment, vous ne l’avez plus, mais ça revient chez certains patients. On ne sait pas chez qui, ni comment. Bonne chance». Ces propos ont extrêmement choqué Francine Shapiro et l’ont poussée à lire de manière approfondie des écrits sur le cancer, sur l’incidence du stress dans l’apparition et le développement de la maladie. Pour prévenir une rechute, elle se tourne vers la psychologie et tente de comprendre les liens corps-esprit. Pour trouver des traitements efficaces contre le stress, elle expérimente plusieurs formes de psychothérapies (imagerie guidée de Simonton, hypnose éricksonnienne, prescription du rire par Norman Cousins) et la méditation.

En 1987, alors âgée de 38 ans, doctorante en psychologie elle découvre les prémisses de l’EMDR. Voici son récit : «L’idée de l’EMDR a germé un après-midi ensoleillé de 1987. J’avais pris un moment pour faire le tour d’un petit lac. C’était le printemps. Des canards nageaient et, sur les immenses pelouses vertes, des mères avaient posé des couvertures pour s’allonger avec leurs bébés. Pendant que je marchais, une chose bizarre s’est produite. J’avais pensé à quelque chose de perturbant, je ne me rappelle même plus quoi, simplement une de ces petites pensées négatives obsédantes qu’on remâche (sans arriver à la digérer) jusqu’à ce qu’on les chasse exprès. La chose bizarre, c’est que mon idée obsédante avait disparu. Toute seule. Quand je l’ai ramenée à ma conscience, je me suis rendu compte que sa charge émotionnelle négative n’était plus là. Je dois avouer qu’un de mes héros, au collège, était Mr Spock, dans Star Trek. Comme lui, j’avais toujours considéré les émotions comme un défi, mais je n’avais jamais remarqué un changement aussi rapide dans mes pensées et mes sentiments. Il y avait huit ans que j’étais mon propre laboratoire pour mes recherches sur les liens corps-esprit, et ce changement émotionnel suscita chez moi un intérêt considérable. Poursuivant mon chemin, je commençais à m’observer attentivement. Je remarquai que chaque fois qu’une idée dérangeante apparaissait à ma conscience, mes yeux faisaient spontanément des va-et-vient. Ils suivaient rapidement et répétitivement une diagonale, d’en bas à gauche à en haut à droite. En même temps, je notais que l’idée désagréable était sortie de mon esprit et que, quand je l’y ramenais, elle ne me dérangeait plus autant. J’étais intriguée. J’essayais de le faire délibérément : je pensai à quelque chose d’autre qui provoquait en moi une petite anxiété et cette fois je fis intentionnellement les rapides mouvements des yeux. La pensée disparut, elle aussi. Et quand je la ramenais à mon esprit, sa charge émotionnelle négative n’était plus là.»

Elle répète ensuite l’expérience avec des amis, et des étudiants. Puis elle choisit comme sujet de thèse «la désensibilisation du traumatisme par les mouvements oculaires». Elle utilise son outil thérapeutique sur 70 personnes. Au cours de ses séances, elle les invite à se focaliser sur le souvenir traumatique tout en effectuant des mouvements oculaires rapides alternés à gauche et à droite. Elle évalue également leur niveau de détresse avant et après les mouvements oculaires. Elle observe une diminution des émotions négatives. En outre, les participants développent des cognitions plus positives et réalistes. Francine Shapiro remarque, après une vérification au bout de trois mois, que les effets du traitement sont durables. Elle devient chercheuse associée au Mental Research Institute de Palo Alto. En1988, elle obtient son PhD (doctorat) en psychologie.

Elle fait la connaissance du psychiatre Joseph Wolpe, professeur de psychiatrie à la Temple University Medical School de Philadelphie et chercheur dans le domaine des thérapies comportementales. Wolpe est le créateur de l’échelle SUDS, qui est utilisée en en EMDR: échelle subjective d’évaluation de la détresse cotée de 0 à 10 (0 signifiant absence de détresse et 10 renvoyant au plus haut niveau de perturbation que le patient peut imaginer). Cette échelle est utilisée pour évaluer les émotions douloureuses. Wolpe publie l’article de Shapiro sur l’utilisation des mouvements oculaires dans le Journal de thérapie comportementale et de psychologie expérimentale. Avec un certain nombre de psychothérapeutes comportementalistes, il teste l’EMDR.

Shapiro poursuit ses expériences avec des vétérans de la guerre du Vietnam, atteints d’un syndrome de stress post-traumatique, ayant reçu divers traitements psychothérapeutiques mais n’ayant pas été guéris. Les émotions douloureuses qu’ils éprouvaient en repensant à leurs traumas disparaissent grâce aux mouvements oculaires alternés. Un article publié dans le Journal d’étude du stress post traumatique décrit ses résultats, qui soulignent la rapidité avec laquelle les souvenirs traumatiques sont désensibilisés. Pour ce faire, quelques séances d’EMDR suffisent, contre plusieurs mois avec la désensibilisation systématique. Cet écrit a suscité autant de curiosité que de réactions sceptiques.

En 1990, l’EMDR est officialisé : Francine Shapiro en dépose la marque. En 1994 elle reçoit pour ses travaux un prix scientifique américain très renommé: the Award for Distinguished Scientific Achievement in Psychology. En juin 2002, lui est remis le Prix Sigmund Freud décerné conjointement par l’Association Mondiale de Psychothérapie et par la ville de Vienne.

La première indication de l’EMDR a été le psychotraumatisme simple. Depuis, la technique s’est développée, et elle est aujourd’hui utilisée pour le traitement des traumas complexes, de la dissociation, des phobies, de la dépression, des douleurs traumatiques, des troubles du comportement alimentaire d’origine traumatique, des addictions… Certains praticiens et/ou chercheurs sont même parvenus à guérir des cas de schizophrénie (le Dr Jean Sandretto et Jacques Roques en France). Des études contrôlées rapportent une réduction des symptômes positifs ( : délire) de la schizophrénie (ex ; van den Berg DP, van der Gaag M (2012). Treating trauma in psychosis with EMDR: a pilot study. J Behav Ther Exp Psychiatry. 2012 Mar; 43(1):664-71. doi: 10.1016 / j.jbtep. 2011.09.011. Epub 2011 Sep 17.

Les études ont été multipliées pour expliquer scientifiquement l’efficacité de cet outil thérapeutique. Leurs résultats attestent que l’EMDR permet de diminuer ou d’éliminer les différents symptômes de stress post-traumatique dans la majorité des cas. Aujourd’hui, l’International Society for Traumatic Stress Studies reconnaît l’EMDR comme une thérapie efficace dans le traitement du syndrome de stress post-traumatique, tout comme le U.S. Department of Veterans’ Affairs and Department of Defense, le United Kingdom Department of Health, le Israeli National Council for Mental Health, la Haute Autorité de Santé et l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale en France, ainsi que d’autres organismes de santé ou instances gouvernementales. L’O.M.S.(Organisation Mondiale de la Santé), en 2013, l’a également reconnue comme une des techniques les plus efficaces dans le traitement du syndrome de stress post- traumatique.