Démythification de l’hypnose

A- L’hypnose n’est pas le sommeil

L’hypnose est un état modifié de la conscience ou de la vigilance. C’est une veille paradoxale, car malgré une apparence de passivité, le patient est très actif : en hypnose, la mémoire, l’attention, la vigilance sont amplifiées.

Il est vrai que le chirurgien britannique James Braid a créé, au 19ème siècle, le vocable « hypnose », en s’inspirant du nom d’Hypnos, le dieu grec du sommeil. Il est également vrai que des formules telles que : « vous entrez dans un sommeil hypnotique », « vous vous endormez de plus en plus profondément », ont été fréquemment utilisées dans le passé…

Cependant, l’hypnose n’est pas le sommeil et le tracé électro- encéphalographique du sommeil ne ressemble pas du tout à celui d’une personne hypnotisée.

Ce qui a incité à parler de sommeil, c’est le fait qu’une personne hypnotisée est souvent immobile, les yeux fermés la plupart du temps, comme si elle était en train de dormir. En outre il arrive fréquemment qu’une personne qui sort de transe hypnotique ait l’impression d’avoir dormi, ou d’avoir été entre transe et sommeil.

B- L’individu hypnotisé ne perd pas le contrôle de lui-même pendant une séance d’hypnose

L’hypnose suppose une participation active de la personne qui souhaite être hypnotisée. On n’entre en état de transe hypnotique que si on le veut bien, ou tout au moins, que si notre esprit inconscient estime que c’est sans danger pour nous, puisqu’il est le garant de notre sécurité et qu’il sait ce qui est bon pour nous (selon les conceptions de Milton Erickson).

Elle suppose une relation de confiance et d’échanges. Elle n’est qu’un accompagnement d’une personne vers un état qu’elle connaît déjà, puisqu’il est physiologiquement programmé, comme nous l’avons déjà souligné.

En outre, le dit « hypnotiseur » est lui-même en état de transe hypnotique.

L’hypnose autoritaire du 19ème siècle considérait que le patient était dans une certaine mesure soumis à l’hypnotiseur. De nos jours, l’hypnotiseur de spectacle laisse entendre qu’il est tout-puissant. Cet état de choses tient certainement au fait que l’hypnose classique s’est développée dans une société très hiérarchisée, très patriarcale. On a progressivement réalisé que l’hypnose pouvait être pratiquée en étant débarrassée du caractère autoritaire dont elle avait été revêtue au 19ème siècle.

L’hypnose contemporaine, et en particulier l’hypnose éricksonnienne, ne vise pas à créer un état de soumission. Cela est d’autant plus vrai dans l’usage psychothérapeutique de l’hypnose, dans la mesure où la psychothérapie a pour but de rendre le patient plus autonome. C’est d’ailleurs à cette fin que l’on apprend aux patients à s’auto- hypnotiser, de manière à leur faire comprendre qu’ils peuvent trouver en eux-mêmes les ressources pour se guérir ou pour diminuer leurs symptômes.

Par ailleurs, soulignons que même lorsqu’une hypnose très autoritaire est pratiquée, cela ne signifie pas que l’on puisse faire faire n’importe quoi au sujet. Diverses expériences scientifiques ont montré que lorsque l’on tente d’imposer des suggestions inacceptables pour l’individu hypnotisé, c’est-à-dire incompatibles avec son système de valeurs, celui-ci ne les exécute pas, ou les sabote.

C- Rapprochements entre hypnose et relaxation

Relaxation et hypnose en tant qu’états physiologiques
La relaxation peut être considérée comme un simple corollaire de l’état hypnotique. La grande majorité des états hypnotiques s’accompagne en effet d’un vécu de relaxation corporelle, sans que celle-ci ait été suggérée par le thérapeute.

Inversement, il semble que l’état de relaxation puisse être un terrain favorable à l’apparition de l’expérience hypnotique. Mais il apparaît que des individus puissent expérimenter un état de transe hypnotique sans pour autant que leur corps soit détendu.

Relaxation et hypnose en tant que techniques
La relaxation peut être considérée comme un des moyens d’induire (c’est-à-dire de générer) ou d’approfondir l’état hypnotique.

La relaxation est un des outils dont dispose l’hypnotiseur mais sa pratique ne se limite pas à l’utilisation de la relaxation.

D- L’hypnose n’est pas une thérapie

1) L’hypnose n’est pas une thérapie. Il existe donc une distinction entre hypnose et hypnothérapie. L’hypnose constitue un outil, une technique parfois utilisée à des fins thérapeutiques (on parle alors d’hypnothérapie), mais ses applications sont beaucoup plus larges, il est possible d’y recourir à des fins de développement personnel et professionnel, pour :

  • développer son potentiel (physique, intellectuel, psychique, artistique). L’hypnose permet d’apprendre à faire un meilleur usage des capacités que l’on possède déjà et à en développer de nouvelles. A titre d’exemple, il est possible d’amplifier ou de développer des capacités comme la mémoire, la créativité, la concentration, la confiance en soi, l’apprentissage, le charisme, la maîtrise d’une technique artistique ou sportive, la lecture hypnotique…
  • dépasser ses limites : se départir des comportements, des pensées et des émotions susceptibles d’entraver notre chemin vers la réussite et la réalisation de soi ; acquérir et optimiser des comportements nouveaux ; se pourvoir de nouveaux modes de pensées, de nouvelles compétences.
  • et par conséquent, améliorer ses performances, atteindre ses objectifs et réaliser ses rêves. Ainsi, l’hypnose aide à préparer mentalement sa réussite aux examens, concours, auditions, spectacles, exposés… Cette forme de préparation mentale est couramment utilisée par les sportifs de haut niveau. D’autres l’utilisent pour préparer de bons moments avec leur conjoint et /ou leurs enfants ou encore leurs séances de plongée sous- marine.
  • mieux se connaître (mieux comprendre son fonctionnement psychique), apprendre à communiquer hypnotiquement avec soi-même et son inconscient permet de mieux communiquer avec autrui.

Se détendre et améliorer sa santé:

  • programmer un meilleur sommeil
  • pouvoir gérer ses émotions (stress, colère…)
  • pouvoir gérer la douleur physique (migraine, fibromyalgie…)
  • accéder plus aisément à son imaginaire et ainsi le mobiliser pour toute activité créative, pour toute recherche de solutions)

2) L’hypnothérapie est une modalité de traitement dans laquelle on recourt à l’hypnose.

En hypnothérapie, on n’utilise pas que l’hypnose. La plus grande majorité des hypnothérapeutes éricksonniens, l’utilise conjointement à d’autres techniques telles que les prescriptions de tâches thérapeutiques, les recadrages, la psychanalyse, les thérapies cognitivo- comportementales. Pour cette raison, mieux vaudrait parler de thérapie recourant à l’hypnose que d’hypnothérapie.

Pour traiter certains problèmes ou certains patients, elle sera privilégiée, utilisée plus fréquemment.

L’hypnothérapie requiert une formation de psychothérapeute (qu’elle soit psychanalytique, cognitive, systémique…) et une formation aux techniques hypnotiques.

E- Hypnose et mémoire

L’utilisation de l’hypnose par BREUER et FREUD dans les années 1880-1890 a laissé entendre qu’une transe hypnotique permettait de retrouver les souvenirs refoulés. Contrairement à cette idée reçue, l’hypnose ne sert pas essentiellement à retrouver dans le passé les causes de perturbations ou de symptômes actuels.

FREUD a cru un temps que les manifestations hystériques découlaient de traumatismes refoulés et qu’en état d’hypnose les patients pouvaient retrouver les souvenirs des événements à l’origine de leur pathologie.

Il est vrai que l’état de transe hypnotique favorise l’émergence de souvenirs non accessibles à l’état de veille ordinaire.

Cependant, l’authenticité des « souvenirs » retrouvés n’est aucunement garantie. L’hypnose n’est pas un sérum de vérité. Le syndrome des faux souvenirs est aujourd’hui bien connu, et plusieurs travaux scientifiques lui ont été consacrés.